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Charlie et la chocolaterie – Le chômage technologique

Peu d’enfants auront reconnu les références, à peine voilées, au chômage technologique de Keynes ou à la destruction créatrice de Schumpeter. C’est d’ailleurs à travers les yeux de l’un d’eux, Charlie Bucket, un jeune garçon défavorisé, que nous est présenté l’univers loufoque de Willy Wonka, prestigieux chocolatier vivant désormais reclus entre les murs de sa propre fabrique de friandises.


Charlie et la Chocolaterie, réalisé en 2005 par Tim Burton et adapté du roman de Roald Dahl de 1964

Ce n’est pas tant le sort de Charlie qui nous intéresse ici, mais celui de son père, M. Bucket. Ouvrier dans une fabrique de dentifrice, il s’occupe de boucher à la main chaque tube qui lui parvient sur la chaîne d’assemblage. Son destin bascule quand l’entreprise qui l’emploie décide d’investir dans une nouvelle machine révolutionnaire capable de boucher elle-même les tubes de dentifrice. M. Bucket est alors congédié et ce, après des années de service. Telle est la réalité d’un monde froid et cruel, à l’instar du nôtre, qui n’a de beau que l’apparence, où la concurrence est prête à tout pour vous faire mettre la clé sous la porte, et où les robots n’ont aucun scrupule à remplacer des humains devenus obsolètes. VDM

Dans l’imaginaire populaire, le progrès technique est pourtant assimilé à quelque chose de bénéfique et de nécessaire à la bonne marche de notre société. L’irruption de nouvelles machines toujours plus sophistiquées est censée alléger le labeur et doper la productivité des ouvriers qui sont aux manettes. Ceci dit, prendre uniquement en considération cet aspect-là du progrès technique revient à tourner le dos aux milliers de laissés-pour-compte, généralement les moins qualifiés d’entre nous qui, comme M. Bucket, sont les premiers à succomber devant des machines bien plus performantes. Ce mal pernicieux, John Maynard Keynes l’a diagnostiqué dès 1930 en lui attribuant le nom de « chômage technologique » et rejoint dans un sens la conception marxiste selon laquelle le progrès technique serait une menace pour l’emploi.

Vous songez au sort des hôtes de caisse, n’est-ce pas ? C’est indéniable, des emplois en pâtissent, mais vous seriez surpris d’apprendre que la robotisation, puisque c’est généralement de cela qu’il s’agit, a en réalité un effet positif sur le niveau général de l’emploi. Les taux de chômage des pays les plus robotisés comptent même parmi ceux les plus bas, que ce soit en Europe comme ailleurs dans le monde. La raison à cela est simple, et elle peut être soulignée par deux théories complémentaires. Celle du déversement d’Alfred Sauvy qui stipule qu’un progrès technique améliorant la productivité engendre des transferts d’emplois d’un secteur d’activité à un autre, et celle de la destruction créatrice de Schumpeter qui démontre que la disparition de secteurs d’activité s’accompagne nécessairement de la création de nouvelles activités économiques. De quoi démonter certaines idées reçues, voici aussi le but de cette exposition, et qui de mieux pour vous le prouver, que M. Bucket lui-même ? Lui qui, ironie du sort, se retrouve à la fin du film réemployé dans la même fabrique de dentifrice, à assurer désormais la maintenance de son précédent bourreau … #SansRancune

Retrouvez le panneau de l’exposition :  charlie

Texte : Antoine Port
Graphisme : Quentin Hellec