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Watchmen – L’utilitarisme

Une plongée en pleine guerre froide, la fin du monde en toile de fond, Watchmen dépeint une Amérique uchronique et déchirée par la violence, où des justiciers anonymes ont pris les armes, se substituant ainsi aux autorités dépassées et incapables de rendre une justice implacable. Le monde retient son souffle, mais dans l’ombre, un homme est prêt à tout pour lui éviter ce nouvel enfer nucléaire …


Watchmen, 2009, réalisé par Zack Snyder et adapté du roman graphique d’Alan Moore (1986)

Ancien justicier réputé « l’homme le plus malin de la Terre », Adrian Veidt a délaissé son alter ego costumé, Ozymandias, pour travailler de concert avec le Docteur Manhattan, ancien physicien qui, suite à une expérience ratée, est devenu un être omniscient et omnipotent. Les deux tentent désespérément de créer une nouvelle source d’énergie capable de pacifier le monde avant qu’il ne s’autodétruise. En vain, Veidt nourrissant en réalité de plus noirs desseins … Il détourne la puissance du dispositif et s’en sert pour rayer de la carte les plus grandes capitales mondiales. Des millions de vies sacrifiées, mais la signature énergétique d’un seul coupable : le Docteur Manhattan. Conscient du bien-fondé d’un tel acte, ce dernier se résigne à taire l’abominable puisqu’ainsi, le monde s’est uni derrière la menace d’un nouvel ennemi commun, et la crainte d’une Troisième Guerre Mondiale est définitivement écartée.

Cette séquence nous permet de mettre en lumière une notion très importante en économie : l’utilitarisme. Théorisée par Jérémy Bentham, puis approfondie par l’apport de John Stuart Mill, cette approche s’évertue à accroître le bien-être général de la société, en faisant passer l’intérêt collectif avant l’intérêt individuel. À la fois sauveur et assassin, Veidt illustre ainsi à merveille l’archétype de l’anti-héros prêt à se salir les mains pour que se maintienne un semblant de paix. Dans cette optique, des inégalités ou des injustices peuvent ainsi subsister, nous l’avons vu, du moins tant que celles-ci profitent au plus grand nombre. Encore aujourd’hui, la visée utilitariste fait partie des deux critères les plus fréquemment retenus dans la plupart des calculs et autres décisions de politique économique, de concert avec le fameux critère Maximin, cher à Rawls, qui lui s’efforce d’améliorer en priorité le bien-être des moins bien lotis.

Tout ça nous ramène une nouvelle fois au complot, finalement pas si diabolique – vous en conviendrez – d’Adrian. Certes, il a du sang sur les mains mais sera parvenu, si on fait le bilan, à ramener la paix et à créer les conditions nécessaires à tout faire pour la défendre. Son titre d’homme le plus malin n’est peut-être pas si usurpé que ça après tout …

Retrouvez le panneau de l’exposition :  wtch

Texte : Antoine Port
Graphisme : Quentin Hellec