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Gatsby Le Magnifique – L’économie du bonheur

L‘argent ne fait pas le bonheur. James Gatz, simple garçon de ferme, peut en témoigner. Dans sa jeunesse, il tombe éperdument amoureux d’une jeune aristocrate, la belle Daisy Buchanan, et vit une brève mais intense idylle à ses côtés. Malheureusement, il est contraint de la délaisser lorsqu’il est enrôlé de force pour partir combattre lors de la Grande Guerre. Il en reviendra mystérieusement transformé en un personnage énigmatique, charismatique et surtout très, très fortuné : Jay « le Magnifique » Gatsby.


Gatsby le Magnifique, réalisé en 2013 par Baz Luhrmann

Durant ces cinq années d’absence, sa belle s’est vue passer la bague au doigt par un homme qui n’hésite pas à la tromper ouvertement. Pour la reconquérir, Gatsby n’hésite pas à faire construire un somptueux château en face de la demeure du couple. Uniquement dans le but d’attirer son attention, il y fait tenir, chaque samedi soir, de fabuleuses réceptions où se mêle tout le gratin mondain. Ses efforts sont récompensés et l’alchimie d’antan opère une nouvelle fois. Auprès d’elle, il se sent revivre à nouveau. Mais lorsque le moment est enfin venu de révéler leur amour au grand jour, Daisy se défile et Gatsby… euh, comment dire ? Regardez le film !

La morale de cette histoire est cruelle mais elle illustre à merveille une philosophie émergente de la théorie économique. Aujourd’hui, nombreux sont ceux à penser que la simple croissance économique n’est pas un indicateur adapté pour expliquer seul le niveau de bonheur d’une population. Les travaux pionniers de Richard Easterlin mettaient déjà en évidence en 1974 qu’une hausse du revenu ne s’accompagnait pas systématiquement d’une hausse du bien-être perçu par l’individu. Du moins, plus après avoir franchi un certain seuil ! Quand on vous disait que l’argent ne faisait pas le bonheur …

Plusieurs raisons peuvent être avancées. Une première, d’ordre philosophique, consiste à dire que les individus ont tous des aspirations personnelles, comme trouver un sens à la vie ou rencontrer l’amour (au grand dam de Gatsby), et éprouvent une profonde déception lorsque la richesse matérielle peine à les assouvir. En économie, on privilégiera plutôt les phénomènes d’adaptation et de compétition sociale. Pour l’un, les études démontrent que le sentiment de bien-être supplémentaire lié à l’obtention d’une promotion ou d’une grosse somme d’argent (en gagnant à la loterie par exemple) décroit très rapidement jusqu’à retrouver son niveau initial. En effet, les individus se sont simplement « adaptés » à leurs nouvelles conditions de vie. Pour l’autre, les individus sont constamment dans la comparaison avec leurs pairs. Par conséquent, ils n’accorderont pas la même importance à une hausse de leur revenu, selon que celle-ci soit absolue ou relative. Par exemple, imaginez que tous vos amis gagnent deux euros. Si vous en gagnez trois, vous vous direz « chouette ! ». Si vous en gagnez deux, vous vous direz « Soit … ». Mais si vous n’en gagnez qu’un, alors là vous vous direz « zut alors ! ». Finalement, est-ce que rechercher la croissance à tout prix est la solution pour être heureux ?

Retrouvez le panneau de l’exposition :  g

Texte : Antoine Port
Graphisme : Quentin Hellec