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Le Cinquième Elément – Le sophisme de la vitre cassée

Ce film, c’est l’histoire du Bien contre le Mal, tout simplement. Comme tous les 5000 ans, le Mal resurgit aux confins de l’univers et s’apprête à engloutir notre bonne vieille Terre. Cette année, il a fomenté un complot pour anéantir le Cinquième Elément, l’arme ultime avec laquelle le Bien lui a déjà tant mis cher par le passé … Pour ce faire, il a loué les services de Jean-Baptiste Emmanuel Zorg, un magnat corrompu du 23e siècle, qui n’hésite pas à licencier un million de travailleurs d’un seul coup. Oui, il est très méchant.


Le Cinquième Elément, Réalisé en 1997 par Luc Besson

Outre le traitement comique et très cliché accordé à l’ensemble, ce space opéra nous livre, en la personne de Zorg et le temps d’une scène, une fulgurance économique aussi rafraîchissante qu’inattendue. Il invite – de force – le prêtre Vito Cornelius, l’un des hérauts du Bien, à lui rendre une petite visite dans son bureau. Sournois, il cherche à lui donner l’illusion qu’en fin de compte, ils cherchent tous deux la même chose, à savoir la prospérité de la race humaine. Selon ses dires, il se considère plus comme un agent de la Vie qu’un agent de la destruction. Une pichenette et un verre brisé plus tard, il nous explique sa théorie, véritable fulgurance économique.

Une fois que M. Shadow, son employeur (a.k.a le Mal), aura réduit le monde en cendres, les hommes, à l’instar des robots qui s’activent à nettoyer les débris de verre, auront le champ libre pour en rebâtir un nouveau. Si cela arrive, alors jamais le travail n’aura été aussi abondant. Zorg cite l’exemple des ingénieurs qui mettront au point des machines capables de tout reconstruire. Il est facile d’extrapoler à l’ensemble de la population puisque chaque homme sera appelé à contribuer. Devant l’ampleur de la tâche, le chômage se dissiperait instantanément, et l’économie atteindrait très vite son taux de plein emploi. Ainsi cette phase post-cataclysmique s’accompagnerait donc nécessairement d’une période de grand faste économique, et l’Humanité sortirait grande gagnante de cette pseudo « fin du monde ».

Ce discours pourrait vous sembler crédible, mais vous seriez leurré, car il vise en réalité à démonter cette idée largement répandue, selon laquelle destruction matérielle serait vectrice de croissance économique (Zorg est l’un des méchants les plus caricaturaux qui soit, rappelez-vous). C’est le fameux sophisme de la vitre cassée, popularisé par l’économiste Frédéric Bastiat. Certes, une vitre brisée profite à l’industrie vitrière. Pourtant, si elle n’avait pas été brisée, le montant de la réparation aurait profité à d’autres activités (celle d’un cordonnier à travers l’achat d’une paire de chaussure par exemple). En conclusion, nous jouirions alors d’une vitre toujours intacte, ET d’une nouvelle paire de chaussures. Dans l’exemple de Zorg, même si une majeure partie de l’industrie serait favorisée vu l’ampleur du chantier, cela se ferait au détriment de domaines considérés alors comme secondaires : la recherche, l’éducation ou encore l’environnement. Voilà pourquoi il faut toujours se méfier de quelqu’un qui, en espérant relancer l’économie, vocifère « rien de tel qu’une bonne guerre ! »

Retrouvez le panneau de l’exposition : 5e

Texte : Antoine Port
Graphisme : Quentin Hellec