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Le Parrain – Les comportements économiques face au risque

N‘hésitons pas à rendre hommage aux chefs d’entreprise, même lorsqu’ils opèrent du mauvais côté de la loi. Bien que son activité et ses méthodes soient hautement condamnables, le Don Vito Corleone n’a rien à envier aux entrepreneurs plus … « traditionnels ». Abordons une notion économique fondamentale : celle du degré d’aversion au risque. Car oui, toute activité génère des risques, qu’il convient d’identifier, de prendre en compte et surtout de minimiser. Voici la tâche principale qui incombe à tout bon gérant.


Le Parrain, 1972, réalisé par Francis Ford Coppola

La mafia Corleone mouille dans des secteurs aussi divers que les jeux, les femmes ou l’alcool. Elle n’est pas à un risque près, pourrait-on croire ! Et pourtant si. Quand Virgil Sollozzo, dit le Turc, débarque à New York pour inonder le marché avec son héroïne de contrebande et cherche à sceller une alliance mutuellement avantageuse avec le Don, ce dernier refuse. Même s’il est conscient des bénéfices potentiels que susciteraient une telle « diversification » de ses activités, il est tout aussi conscient que la nouvelle remontera aux oreilles des politiques et juges qu’il soudoie ! Il perdrait alors leur soutien politique et juridique : la drogue est une cause nettement moins défendable, même pour un avocat peu scrupuleux. En conclusion, de telles retombées amputeraient considérablement, voire totalement, les gains éventuels de l’alliance.

A l’inverse, Sonny et Tom, les fils Corleone, envisagent ce partenariat avec beaucoup moins de réticences, considérant que la drogue est l’avenir du business, surtout lorsque le Turc leur promet d’ores et déjà 30%… Selon eux, passer à côté d’un marché aussi juteux que celui de l’héroïne, c’est la promesse pour la Famille Corleone de se faire distancer par les familles rivales en quelques années, puis de tomber à terme dans l’oubli. Pour Vito Corleone, au contraire, ne pas succomber à l’héroïne, c’est justement la promesse d’être toujours là lorsque les autres familles se seront fait alpaguer par les autorités.

Dans cette affaire, le Don adopte donc une attitude bien plus averse au risque que ses fils. Cette divergence de point de vue réside essentiellement dans le fait que les fils Corleone ne jouissent que d’une vision à court terme, obnubilés par la promesse de l’argent facile, et ne prennent pas en compte les conséquences épouvantables que cela pourrait avoir sur leur business, notamment sur le long terme. L’espérance de gain du Don, c’est-à-dire le profit potentiel qu’il pourrait retirer de la négociation, est donc bien plus faible que celle de Sonny. Voilà pourquoi il ne peut prendre ce risque et n’a d’autre choix que de refuser. Certes, le Turc commanditera son assassinat en représailles… mais c’est un risque qu’il était difficile de prévoir !

Retrouvez le panneau de l’exposition :  parrain