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Le Stratège – Le processus d’innovation

Brad Pitt incarne Billy Beane, le general manager des Oakland Athletics. À l’intersaison, il se retrouve à la tête d’une équipe amputée de ses trois meilleurs joueurs, tous partis ailleurs en quête de rémunérations plus substantielles. À la fois attristé du budget famélique avec lequel il doit rebâtir une équipe compétitive, mais conscient du monde qui sépare désormais ses ambitions de celles des cadors du championnat, sa foi dans ce sport est fortement remise en question.


Le Stratège, 2011, Réalisé par Bennett Miller et adapté du roman de Michael Lewis (2003)

Étonnamment dans un film américain, ce n’est pas en Dieu qu’il trouvera la force d’avancer, mais dans les statistiques. Conformément à la loi de Joy, sobrement résumée par « Qui que vous soyez, la plupart des gens plus intelligents travaillent pour quelqu’un d’autre », Billy est parti débaucher la concurrence : Peter Brandt, assistant manager des Cleveland Indians. Le bonhomme a l’air solide, mais, en réalité, il sort d’une thèse en économie à Yale et n’a jamais mis les pieds sur un terrain de baseball… En revanche, sa vision du sport est terriblement novatrice. Selon lui, la ligue fourmille de joueurs extrêmement talentueux (il a évalué statistiquement chacun d’eux), mais aussi sous-évalués en raison de certaines caractéristiques physiques ou psychologiques. Ainsi, en ne cherchant pas le meilleur joueur à chaque poste, mais plutôt la meilleure équipe possible, dans laquelle chaque joueur s’insérerait et aurait un rôle à jouer, il bouleverse les codes de la discipline. Billy épouse la vision de Brandt, et en peu de temps, les deux parviennent à monter pour une bouchée de pain une équipe compétitive… sur le papier.

Véritable fable contemporaine des difficultés qu’éprouvent les entreprises en ces temps de crise, ce film dépeint avec brio le quotidien d’un monde violent, intransigeant et en perpétuelle évolution, où l’immobilisme mène tout droit à la banqueroute et aux oubliettes. Pour conjurer ce spectre menaçant, la seule échappatoire possible réside dans l’innovation, et pour être honnête, le film entier aurait pu être projeté, tant il décrit pas à pas l’intégralité du processus d’innovation : de la genèse d’une idée à l’aboutissement d’un projet.

Joseph Schumpeter, le chantre de la discipline, recense pas moins de cinq types d’innovations. Parmi elles, il évoque l’innovation de procédé. Il fait également la distinction entre innovation incrémentale et radicale. Or, c’est bien la deuxième option que Billy recherche : déclencher une révolution des consciences, et libérer le baseball du joug d’un argent devenu alors tout puissant. Or dans le sport, ce n’est pas toujours celui qui paie le plus, ni même le plus fort qui l’emporte. Preuve en est que cette année-là, les Oakland Athletics enregistreront la plus longue série de victoires de l’histoire de la Ligue. D’hérétique, il est passé à messie, dépoussiérant la vision romantique de l’entrepreneur schumpeterien et révolutionnant à jamais le monde du baseball ! Mais pour en arriver là, Billy se retrouve confronté au scepticisme et à la méfiance de nombre de ses collaborateurs. D’abord, le recrutement hasardeux de Brandt laisse perplexe. La plupart n’adhèrent pas à sa vision, les investisseurs réclament des comptes, et dans un premier temps les défaites s’enchaînent. Il est toutefois trop tard pour faire machine arrière, le processus est lancé, cette décision engage désormais les emplois de tous ses collaborateurs. En somme, si innover est la clé, il n’existe cependant rien de plus risqué. Heureusement pour lui, gloire et succès l’attendent au bout du chemin. Toutes les entreprises ne peuvent en dire autant.

Retrouvez le panneau de l’exposition :  stratege

Texte : Antoine Port
Graphisme : Quentin Hellec