mission-impossible-2-1748x984

Mission Impossible 2 – L’offre et la demande

Dans le second volet des aventures d’Ethan Hunt, ce dernier se retrouve confronté à Sean Ambrose, espion renégat désormais à la solde du plus offrant. Ambrose a mis la main sur un virus mortel, ainsi que sur son antidote (#astuce), et s’apprête à le revendre au patron d’une puissante industrie pharmaceutique.

Mission Impossible 2, 2000, réalisé par John Woo

On retrouve ici la constante propre à chacun des adversaires de la saga, à savoir une vénalité à toute épreuve. Voilà une caractéristique prêtée trop souvent, à tort ou à raison, à l’Homo Economicus, la figure abstraite par laquelle la science économique aborde la question du comportement de l’être humain. Clef de voûte de la théorie classique, les qualificatifs ne manquent pourtant pas pour le décrire : froid et égoïste, solitaire et pragmatique… Néanmoins, un seul fait l’unanimité. Il est rationnel, c’est-à-dire que les décisions qu’il prend visent à maximiser sa propre utilité. Pour Ambrose, c’est simplement le nombre de zéros sur son compte en banque.

N’estimant pas son salaire d’agent secret suffisant, il entre en contact avec John McCloy, le président de Biocyte Pharmaceuticals. En réalité, il le kidnappe, mais ceci est une autre histoire … La vermine s’apprête à répandre un virus mortel, la Chimère, sur la paisible ville de Sydney, et il s’avère que dans sa besace, il transporte également le remède à ce nouveau fléau, le Bellerophon. Grand seigneur, il soumet donc à McCloy les joies d’un partenariat forcé, mais lucratif : 51% de la société contre une licence exclusive sur la synthèse puis la commercialisation du vaccin, une fois l’épidémie déclenchée … Évidemment, McCloy rechigne, par principe, mais se trouve au final être aussi peu scrupuleux que son alter ego.

Bien que ce plan soit voué à l’échec – Tom Cruise oblige – il faut reconnaître que dans le monde idéal qu’Ambrose s’était imaginé, l’argent coulerait effectivement à flots. Le virus étant hautement contagieux, sa transmission à l’ensemble du continent n’aurait été qu’une question de temps. La population n’aurait alors d’autre choix que déferler sur Biocyte afin de se procurer l’antidote. Face à cet afflux de demandes sans précédent, la firme aurait ainsi tout intérêt à rationner son offre. Un tel comportement gonflerait les prix à la hausse, conformément à loi de l’offre et de la demande, qui spécifie qu’un excès de demande conduit à une flambée des prix. Ainsi, le PEL d’Ambrose sortirait grand gagnant de cette machination diabolique. De plus, en se réservant le droit de déclencher de nouvelles épidémies dans le futur, il s’assurerait ainsi l’accès à une demande effective permanente, c’est-à-dire une demande anticipée par l’offreur sans laquelle ce dernier n’est pas incité à produire plus en prévision de l’avenir. Coup de chapeau à Ambrose en somme, qui a visiblement parfaitement assimilé ses cours de première année. De tous les mécanismes complexes régissant l’économie, il aura choisi d’en exploiter le plus élémentaire. Ingénieux !

Retrouvez le panneau de l’exposition :  mi

Texte : Antoine Port
Graphisme : Quentin Hellec