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Conférence – Michel Dévoluy : le pouvoir des grandes féodalités économiques et financières

Voici un résumé de la conférence de Michel Dévoluy, datant du 31 janvier 2017, sur la question du « Pouvoir des grandes féodalités économiques et financières et solutions par l’Europe »

À l’occasion d’une rencontre-débat organisée par la Maison des Associations de Strasbourg Romain Viry et moi-même avons assisté à une conférence de Michel Devoluy, professeur à l’Université de Strasbourg, co-directeur de l’Observatoire des Politiques Economiques en Europe (OPEE) et également membre des Economistes Atterrés. Cette rencontre s’inscrivant dans le cadre de programme du Conseil National de la Résistance (CNR) le thème aborder fut celui du « Pouvoir des grandes féodalités économiques et financières et solutions par l’Europe ». M. Devoluy aborda l’aspect économique et financier, les difficultés de l’Europe et les solutions envisageables dans le but d’établir une réelle démocratie économique européenne.

Dans un premier temps M. Devoluy fait le constat d’une Europe de moins en moins aimée et rappelle qu’elle posait déjà problème avant la crise de par son manque de démocratie et de l’influence d’une certaine élite dans le processus d’unification des territoires européens sans consentement des citoyens. Au lieu du profiter du contexte actuel pour se renforcer l’Europe au contraire montre ses nombreuses faiblesses dans sa construction et son unité.

En ce qui concerne la construction de l’Europe celle-ci a progressé avec une logique fonctionnaliste encourageant après chaque pas en avant le besoin d’en faire un autre. Partant de la création de la CECA, puis du marché unique avec la suppression des barrières douanières, puis des frontières concernant les personnes et les capitaux M. Devoluy met en avant l’interdépendance des étapes de l’intégration européenne puisque en effet un espace de libre circulation rend nécessaire l’instauration d’une monnaie unique pour éviter les guerres de monnaie, et cette monnaie unique rend nécessaire une intégration politique. Mme Margaret Thatcher avait bien compris ce processus et ne croyant pas à la possibilité d’unification politique à long terme, elle refusa l’Euro à sa création.

De plus les derniers évènements tels que le vote du Brexit, l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche et la montée des populismes en général, rendent nécessaire mais surtout urgent de discuter de l’avenir de l’Europe. En effet, en prenant l’exemple de l’élection présidentielle de 2017 on remarque que rare sont les débats nationaux au sujet de l’Europe. On aurait pu espérer des hommes d’Etat de droite et de gauche, qu’ils proposent un projet européen quel que soit leurs opinions et qu’ils puissent penser que gouverner un espace politique européen puisse être une aubaine pour répondre aux enjeux mondiaux qui se jouent actuellement. Ainsi il en va de la responsabilité des politiques qui devrait nous poussez vers l’Europe mais ils y font défauts.

La crise n’a rien réglé à ce problème, très peu de politiques français parlent de l’Europe, le Front National veut la quitter et Jean-Luc Mélenchon souhaite également la quitter à condition qu’elle ne change pas. Il ne faut pas parler d’une Europe a la vision française mais d’une Europe avec une vision européenne, qui n’est pas présente dans le discours politique français.

L’Europe et l’idée d’unification du territoire européen est une vieille histoire, déjà Victor Hugo parlait « d’Etats-Unis d’Europe ». Aujourd’hui on entend surtout les eurosceptiques s’exprimer sur le futur de l’Europe et moins les europhiles, comme s’ils avaient disparu. Or durant les réflexions sur le traité de Maastricht en 1998 les plus grands défenseurs furent les banques et les entreprises soutenant largement le projet européen de par les opportunités qu’offre l’ouverture et la libéralisation des échanges, mais ne prenant plus, à présent, aucunes positions sur les débats actuels. Nous sommes pourtant dans une situation optimale du point de vue d’un acteur économique qui souhaiterait un espace économique en concurrence libre et non faussé où l’intervention de l’Etat serait réduite au minimum, n’ayant aucune possibilité d’utiliser la monnaie pour contrôler l’inflation.

Ainsi à la vue de ses défauts et dans l’optique d’une construction européenne viable, M. Michel Devoluy présente trois principaux problèmes à résoudre en Europe et 3 enjeux cruciaux dans un nouveau contexte mondial.

Problème de souveraineté :

L’Europe est dépolitisée et intergouvernementale, sa population est peu sensible aux questions européennes et son fonctionnement ressemble pour l’essentiel au fonctionnement d’une organisation internationale plutôt qu’à celui d’une fédération politique. On le voit à travers les institutions européennes, au niveau fédéral il y a tout de même le Parlement Européen et la Commission mais le Conseil Européen et le Conseil des Ministres s’organisent plus de façon intergouvernementale avec la présence de chaque Etats dans les négociations. Ainsi le Conseil a pris de l’importance, laissant de plus en plus de place aux querelles nationales, où l’intérêt de l’Europe est sous-représenté. Par exemple, durant la crise seuls les gouvernements ont réagi à travers la Troïka, instance que le Conseil Européen a voulu mettre en place pour pouvoir être piloter directement par les chefs des Etats membres. La Troïka constituée du FMI, de la BCE et de la Commission Européenne a ainsi parlé et décidé aux noms des pays européens plutôt qu’aux noms de l’Europe.

Problème d’hétérogénéité :

Tous les Etats européens ont des pactes nationaux différents, des institutions nationales, un espace public et des réflexes culturels nationaux différents. Par exemple, les syndicats négocient avec l’Etats, les structures économiques et bancaires également sont nationales. En tant que citoyens notre espace public et notre réflexion se réduisent le plus souvent à l’échelle nationale dont les caractéristiques diffèrent.

Problème de solidarité :

Le vivre ensemble et le partage d’une même monnaie nécessite des redistributions et de la solidarité entre les Etats sous peine de voir apparaitre des mécanismes de dévaluation compétitive et de dumping fiscal. Ainsi la solidarité européenne devrait pouvoir se baser sur un budget fédéral important auquel les pays s’en sortant économiquement le mieux participerai à aider les pays européens ayant des difficultés. Un système d’impôt et de redistribution commun permettrait de mettre un terme au phénomène de dévaluation interne. En reprenant l’exemple de la Grèce, le geste de l’Europe pour sauver l’économie grecque fut de leur proposer d’appliquer des mesures d’austérités strictes en échange du refinancement de l’économie alors qu’avec un budget commun la question aurai pu être réglée de façon plus saine, occasionnant un coût social moins important pour le pays.

Les problèmes énoncés précédemment ont déjà été soulevés par une doctrine économiques apparut en Allemagne dans les années 30 : l’ordolibéralisme. L’ordolibéralisme décrit un espace ayant une monnaie unique sans la nécessité d’intégration politique dont les conditions de bon fonctionnement sont la solidarité entre les Etats, une faible inflation, une bonne gestion des finances publique et des marchés efficaces et contrôlés. Actuellement on peut faire le parallèle avec la construction européenne avec l’existence du Pacte de Stabilité et de Croissance surveillant les marchés et les finances publiques nationales et l’existence d’une banque centrale indépendante garantissant un faible taux d’inflation. L’ordolibéralisme allemand apparait donc idéal pour la construction européenne à condition d’y accompagner une vision sociale.

Ainsi l’Europe est plutôt ultralibéraliste, en quelques sortes élitistes et intergouvernementale mettant par conséquence les Etats en compétition. On souligne tout de même le fait que la construction européenne a permis de réduire les antagonismes entre les Etats-Nations garantissant un espace de paix.

Pour terminer M. Devoluy nous énonce 3 principaux enjeux pour l’Europe.

Enjeux techniques :

Il faudrait mieux faire fonctionner l’Union Economique et Monétaire. Les européens sont actuellement conscient qu’il existe des mécanismes défectueux, notamment les mécanismes bancaires. Mais avec de la bonne volonté on pourrait encore améliorer nos techniques de gestion.

Enjeux géopolitiques :

Les pays européens, prit individuellement, sont des nains au niveau mondial. Nous fûmes de grande économie et l’Europe nous donne plus de poids face au géant chinois ou américain. Ainsi avoir une réelle puissance géopolitique européenne impliquerait l’établissement d’un budget de la défense et d’une politique étrangères commune plutôt qu’une simple coopération entre les Etats. Pour atteindre cet objectif il faut nécessairement une union de la politique étrangère en matière de défense mais également d’immigration.

Enjeux sociaux :

Comme soulevé précédemment la création d’un budget commun apparait nécessaire notamment pour résoudre les problématiques sociales. Si l’on souhaite un espace public et une politique unique, il faut que l’Europe converge vers un modèle social commun. Un modèle social commun signifie une harmonisation mécanismes fiscaux et sociaux nationaux afin qu’ils soient suffisamment importants pour permettre une redistribution et le financement de grands projets communs. Le budget serait financé par des impôts européens qui remplaceraient les impôts nationaux. Il faut alors bien avoir conscience qu’il nous faut un système social convergent, c’est-à-dire un budget commun si l’on souhaite peser dans la géopolitique mondiale mais également économique.

Ainsi, Michel Dévoluy, dont la vision irait dans le sens d’une Europe fédérale démocratique, donne un minimum de 5 ans pour qu’il y ait dans l’ensemble des pays européens un réel débat sur l’avenir de l’Europe. Il nous invite ainsi à nous demander individuellement ce que l’on souhaite de l’Europe, dans ce qu’elle peut nous apporter et de son avenir. L’Europe ne va pas s’effondrer rapidement mais si l’on continue de végéter il sera trop tard pour espérer un jour peser dans le monde alors discutons.

 

 

LE MASSON Nicolas