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Le « trou de la sécu » n’existe pas

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Quand il s’agit de parler des déséquilibres du système de santé, l’expression « trou de la sécu » a pignon sur rue. Pourtant, celle-ci peine à retranscrire la réalité de la situation du système de santé, si bien qu’elle ne pourrait être qu’une simple expression journalistique sans réalité propre. Analyse.

La Sécurité sociale n’a pas de budget  

Le « trou de la sécu » désigne communément le « déficit » de la Sécurité sociale, ce système de couverture des risques sociaux tels que le chômage, la vieillesse et la maladie, etc. Mais comme le fait remarquer Frédéric Pierru, sociologue de la santé, il est difficile de parler de déficit, dans la mesure où la Sécurité sociale ne dispose pas de budget. Et pour cause : il est impossible de prévoir le nombre de chômeurs ou le coût total des soins pour une année.

Autre point souligné par le sociologue, l’expression sous-entend que certaines dépenses sont illégitimes, abusives. Or la France, comme tous les pays développés, connaît une croissance des dépenses de santé de 3% par an. Rien d’anormal.

D’ailleurs, le déséquilibre entre recettes et dépenses de 2016 est le plus faible enregistré depuis 2002. Le trou est toujours là, mais presque rebouché. Cependant, vouloir faire coïncider les recettes avec les dépenses n’a, pour le coup, pas beaucoup de sens : le niveau des recettes dépend de la conjoncture économique, tandis que le niveau des dépenses dépend de la demande de soins, etc. Ces deux variables n’étant pas liées, l’équilibre n’est pas une condition sine qua non au bon fonctionnement du système. Ce qui signifie que la sécurité sociale ne vit pas au-dessus de ses moyens, même lorsque les dépenses excèdent de peu les recettes. D’ailleurs, la réponse généralement donnée à un déséquilibre est la baisse des dépenses de sécurité sociale, alors qu’on pourrait très bien envisager d’augmenter les recettes (cotisations sociales), afin de répondre aux besoins de financement.  A ce propos, on s’aperçoit que lorsque les pouvoirs publics n’augmentent pas les cotisations face à des dépenses grandissantes, ils créent de fait un déficit.

Pour éviter cela, on peut augmenter la CSG. Cela ferait sens, puisque les dépenses de santé augmentent bien de 3% chaque année. Il est préférable que cette augmentation soit payée par l’impôt que chacun de son côté, car cela risquerait d’augmenter les inégalités. Cependant, tant que nous nous focaliserons « trou de la sécu » de manière systématique, nous n’aborderons pas la nécessité fondamentale d’adapter la sécu au monde contemporain, de redéfinir ses missions et priorités. Par ailleurs, il est nécessaire de discuter de l’effort financier nécessaire pour y parvenir. Effort qui doit être consenti par tous les acteurs concernés.

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